Natalie LamotteNatalie Lamotte A chaque instant, alors, on s'attend à les voir exploser, pour cracher sur la toile le bouillonnement qu'elles semblent contenir.
Natalie Lamotte

Aurelia Rouvier,"masse", revue jeunes createurs, 2001 Francais / English

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Masse,
par Aurélia Rouvier, journaliste Jeunes Créateurs, UBIK (France5)
revue jeunes créateurs, 2001
 
Oubliez quelques instants la gravite terrestre, et laissez vous gagner par l'apesanteur picturale a laquelle Natalie Lamotte vous convie. 
Ses toiles sont peuplées de formes en suspension, flottant dans des fonds neutres, indéfinis, parfois ronges par la nudité du support. Entrez dans ces tableaux les formats vous y aident et vous serez envahis par le silence organique qui s'est fait maître des lieux. Silence, car l'épaisseur de la matière semble étouffer les sons de ce qui, bien souvent, s'apparente a un combat, une lutte pour expulser sur la toile ces formes dynamiques ou partout se ressentent les gestes de l'artiste.
 Organique, par l'apparence plastique de ces masses colorées. Elles ont parfois l'allure de formes végétales, comme dans ces dessins au pastel, ou l'on croit deviner des graines prêtes a germer. Plus violemment, elles évoquent encore des viscères, lorsqu'une texture épaisse les enveloppe, telle une muqueuse, ou lorsque des coulures de peinture font déborder leurs formes et leur insuffle comme un souffle de vie.
A chaque instant, alors, on s'attend a les voir exploser, pour cracher sur la toile le bouillonnement qu'elles semblent contenir. Organique, encore, car il s'agit ici de l'expression d'un corps a qui Natalie Lamotte laisse pleinement la parole. Dans un souci de plus grande liberté, l'artiste renonce a tout propos prémédite, et en appelle a une spontanéité totale. Il n'y a de règle que l'impulsion, qui laisse déferler sur la toile les traces d'un monde intérieur dont l'artiste quête l'immensité dans une démarche comparable a la vidéaste Mona Hatoum qui explorait, a l'aide d'un endoscope, ce bout d'anatomie qui lui était inaccessible (cf. Corps étranger). Comme pour mieux se connaître, ou s'approprier pleinement l'intimité de ce corps féminin. Un corps qui subit l'assaut permanent de milliers de messages, des messages extérieurs transitant par ses sens autant que des messages internes que la pensée diffuse, que la conscience engendre.
Dans un combat physique avec le support et la matière, dans la tension d'un muscle, dans l'impulsion d'un geste, le corps peut alors réagir a ces excitations diverses. Ainsi la surface de lin se couvre t elle de formes agitées, viscérales, explosives, nées de démangeaisons internes. Le corps engendre des taches de couleurs qui gagnent ensuite leur autonomie. Livrées a l'espace de la toile, elles poursuivent leur destinée, non plus dictée par le bouillonnement interne de l'être, mais par celui de l'acte pictural. Une trace colorée en appelle une autre et, spontanément, un dialogue formel s'établit sur la toile. Aussi l'artiste s'inscrit elle dans "cette tension permanente entre la présence physique et l'oubli de soi", dans "cette fusion entre ces deux lieux de création, le corps et la toile ". Aurélia Rouvier
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Forget about the earth's gravity for a moment and allow Yourself to be overcome by the inviting pictorial weightlessness created by Natalie Lamotte. Her paintings are inhabited by suspended shapes, floating in neutral, indefinite backgrounds, sometimes worn away by the nudity of the support. Enter these paintings the formats will help you and you'll be invaded by the pervading, organic silence. Silence, for the thickness of the matter seems to muffle the sounds of what, quite often, seems like a contest, a struggle to expulse these dynamic shapes onto the canvas where one can feel the artist's gesture everywhere. Organic, by the plastic appearance of these coloured masses. They sometimes have the appearance of vegetable shapes, like in these pastel drawings, where they look as if they are about to germ, More violently, they also evoke viscera, when a thick texture envelopes them, like mucous or when the paint has run making their shapes overflow, like blowing a breath of life into them. At any moment then, one expects to see them explode, to spit out the bubbling they seem to contain, onto the canvas. Organic, too, for here it's about the expression of a body which is allowed total freedom of speech. In a concern for much more freedom, the artist renounces all premeditated intention, and calls for complete spontaneity. The only rule being the impetus, which allows the traces of an interior world unfurl onto the canvas, the immensity of which, the artists seeks in an approach comparable to that of the video artist Mona Hatoum who explored, with the aid of an endoscope, that bit of anatomy that was inaccessible (cf. corps etranger). Like trying to know oneself better, or, to fully appropriate the intimacy of this feminine body. A body that undergoes the permanent assault of thousands of messages, external messages passing through the senses, like as many internal messages as the mind diffuses, that consciousness engenders. In the physical struggle with the support and the matter, in the tension of a muscle, in the impetus of a gesture, the body may then react to all these different excitations. In this way, the linen surface becomes covered with agitated shapes, visceral, explosive, born from internal itching sensations. The body engenders the colour stains which then win over their autonomy. Given over to the space of the canvas, they pursue their fate, no longer dictated by the internal bubbling of the being, but by the pictorial act. A coloured trace calls for, another and, spontaneously, a formal dialogue becomes established on the canvas. Consequently, the artists joins in "this permanent tension between the physical presence and forgetting oneself," in "this fusion between these two places of creation, the body and the canvas"

2009-T14, 195x130cm, acrylic on canvas 2009-T09, 100x100cm, acrylic on canvas 2009-T10,195x130cm,acrylic on canvas

Natalie Lamotte